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Contre la chute des cheveux, gare au finastéride

Contre la chute des cheveux, gare au finastéride

Baisse de la libido, dépression, idées suicidaires… La prise de cette molécule ralentissant l’alopécie peut s’accompagner d’effets secondaires graves. Une association demande son retrait.

Le Monde par Pascale Santi Publié le 23 janvier 2019

Romain Mathieu s’est suicidé le 7 juin 2016. Ce jeune homme de 25 ans souffrait de dépression. Alors qu’il était étudiant en classe préparatoire, à 19 ans, il a commencé à prendre du Propecia (finastéride), ce médicament visant à contrer la chute des cheveux chez les hommes, et cela pendant deux ans et demi. Quelque temps après la prise du médicament, il ressent des troubles sexuels (perte de libido, troubles de l’éjaculation), une extrême fatigue, des problèmes de concentration, et a entamé un long parcours médical jalonné de multiples examens, consultations… Après son décès, sa mère, Sylviane Millon-Mathieu, a créé l’association Aide aux victimes du finastéride (AVFIN).

Parmi ces victimes, Adrien (le prénom a été changé) « a tout perdu, nous raconte son père : son travail, sa vie de couple, sa vitalité… » Aujourd’hui âgé de 32 ans, il a lui aussi pris ce médicament durant quelques mois. Mais rapidement, des effets se font sentir : perte de libido, troubles de la concentration, fatigue… Des effets qui se sont aggravés au fil des années, même après l’arrêt du traitement. Il souffre aujourd’hui de dépression sévère.

Comme dans le cas de Romain, il soupçonne avec ses proches un lien avec le finastéride, un lien établi trop tardivement. Les autorités sanitaires rappellent pour leur part qu’on ne peut établir un tel lien avec certitude, et que d’autres origines sont possibles.

Commercialisé en France depuis 1999, et ailleurs en Europe, le Propecia (son nom commercial) et les génériques sont indiqués pour traiter la chute des cheveux chez l’homme (alopécie androgénétique), qui conduit à la calvitie. Des millions l’ont pris ou le prennent depuis sa commercialisation. En 2012, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) évoquait une consommation de 30 000 boîtes par mois, un chiffre plutôt à la baisse.

L’autorisation de mise sur le marché de ce traitement, qui baisse le niveau de testostérone, a été donnée, au départ, en 1992 (finastéride 5mg) pour une hypertrophie bénigne de la prostate. «Il y a eu un glissement de prescription avec une utilisation détournée de son indication initiale», souligne le professeur Jacques Young, endocrinologue à l’hôpital Bicêtre (AP-HP), qui ne l’a jamais prescrit contre l’alopécie: «Le niveau de preuve montré par les essais était très faible pour une utilisation un peu cosmétique.» Non remboursé par l’Assurance-maladie, il est prescrit uniquement sur ordonnance médicale. Et interdit aux femmes.

« Certaines personnes vivent mal le fait de perdre leurs cheveux, explique le professeur Jean-Luc Schmutz, chef du service de dermatologie au CHRU de Nancy-Brabois. Il n’existe que deux traitements, le Minoxidil, une lotion qui ne marche
pas très bien, et le Propecia, qui fait repousser les cheveux ou stoppe leur chute dans 30% à 40% des cas. Ça m’arrive de continuer à en prescrire aujourd’hui, sans effets secondaires majeurs.»
Il a toutefois constaté chez certains patients des troubles de la libido, qui disparaissent lorsque le médicament est arrêté. « Il doit être prescrit avec précaution au regard des effets secondaires rapportés, précise-t-il, en prévenant les patients et en les revoyant régulièrement.»

La revue Prescrire avait pour sa part mis en garde sur «des effets indésirables importants» en mai 2016, se fondant sur une alerte de l’Agence canadienne du médicament de 2015. En 2017, l’Agence européenne des médicaments avait demandé d’ajouter, sur les notices, ces risques concernant les changements d’humeur. Une alerte avait été donnée par l’ANSM, fin octobre 2017, sur les risques de dépression, d’idées suicidaires, de la possible persistance de troubles sexuels comme la baisse de la libido. « Tout changement d’humeur doit conduire à une interruption du traitement ou une surveillance», indiquait alors l’ANSM. Elle devrait adresser dans les prochaines semaines une lettre aux 100 000 professionnels de santé afin de leur rappeler ces éventuels effets secondaires.

Concernant un autre effet rapporté, la survenue de cancers du sein masculins, une étude sur 45 000 personnes dans les pays d’Europe du Nord est en cours de conclusion. «Ses résultats préliminaires sont plutôt de nature à nous rassurer, explique la docteure Caroline Semaille, de la direction des médicaments anti-infectieux de l’ANSM. En général, les effets indésirables sont assez rares.»
Au total, depuis sa mise sur le marché, 345 cas ont été rapportés sur la base française de pharmacovigilance, souligne l’ANSM, qui rappelle que les patients doivent les notifier sur la base. Même écho du côté du laboratoire MSD (filiale de l’américain Merck), qui vend le Propecia: «On ne note aucune alerte particulière sur d’éventuels effets secondaires.»

Une visée esthétique

Mais pour l’AVFIN, au regard d’effets secondaires très invalidants, les mises en garde sont insuffisantes. L’association demande le retrait du médicament. « La question du bénéfice-risque se pose différemment pour ce médicament, car il n’est prescrit que pour une visée esthétique pour des hommes en bonne santé», explique Sylvaine Millon-Mathieu. Pour l’ANSM, la question ne se pose pas: il n’est d’ailleurs retiré nulle part dans le monde. «La balance bénéfice-risque est considérée pour l’instant comme favorable », ajoute Caroline Semaille. «En cas de chute de cheveux, il n’est pas raisonnable de prendre du finastéride», tranchait pourtant la revue Prescrire, en septembre 2018.

Les membres de l’AVFIN insistent sur le fait qu’aucun médecin ne les avait mis en garde contre d’éventuels effets secondaires. «Jeune ingénieur, grand sportif, Adrien était pourtant réticent à prendre ce médicament et avait lui-même demandé au praticien s’il pouvait prendre ce produit sans risque», insiste son père. «Les effets secondaires de nature sexuelle, psychique et physique persistent à peu près systématiquement à l’arrêt du traitement», constate Sylvaine Millon-Mathieu.


Donald Trump, utilisateur officiel

Le président des Etats-Unis, dont la coiffure orangée suscite beaucoup de commentaires, prend du finastéride. La mèche avait été vendue au New York Times début 2017 par son ­ancien médecin Harold Bornstein. Le rapport publié le 16 janvier 2018 sur l’état de santé du président américain par son médecin Ronny Jackson confirmait la prise de finastéride 1mg, et avait suscité quelques inquiétudes outre-Atlantique: en mai 2017, un article de la revue Jama International Medicine portant sur les hommes âgés de plus de 66 ans avait révélé que la molécule «augmentait considérablement » le risque d’automutilation et de dépression. Donald Trump a 72 ans.

Donald Trump, utilisateur avéré de Finastéride

Aux Etats-Unis et au Canada, en Allemagne, en Italie, des plaintes sont en cours. Me Charles Joseph-Oudin, connu pour avoir conseillé les victimes du Mediator, de la Dépakine, devrait assigner le laboratoire MSD dans les tout prochains jours devant le TGI de Nanterre. Il conseille à ce jour une trentaine de personnes. Il souhaite que «des expertises soient lancées pour établir le lien de causalité entre le Propecia et ses effets secondaires tels qu’une déprime extrêmement forte, une perte
d’élan vital»
. Pour ce faire, dit-il, «nous demandons la mise en place d’expertises centralisées au niveau de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, qui se substituent aux expertises judiciaires, qui ne fonctionnent pas bien». Pour l’association, aujourd’hui, l’urgence est aussi la prise en charge médicale des victimes.

«Les médecins, les pharmaciens, doivent informer sur les médicaments, mais les patients doivent être acteurs de leur santé en ne s’informant pas que sur les réseaux sociaux, mais en lisant la notice ou en allant sur la base de données publique des médicaments», souligne Caroline Semaille.

Pascale Santi

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